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TRIBUNE | Simandou : Le fer est à nous, la richesse doit l’être aussi

Par Dr Ibrahima DIALLO (Chef du département de droit public à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry, consultant) et Mohamed CAMARA (Économiste, consultant associé chez MOCAM Consulting)

Les trains roulent et les bateaux partent. Le fer de Simandou arrive pourtant dans un monde agité par les guerres, la rivalité entre grandes puissances et le ralentissement chinois, tout en quittant un pays où une jeunesse nombreuse attend toujours des perspectives d’emploi concrètes.

Publiés au Journal officiel en décembre 2025, les contrats fixant la part de la Guinée constituent une réelle avancée en matière de transparence. Après les avoir analysés — l’un sous l’angle juridique, l’autre sous l’angle économique —, il importe d’expliquer clairement ce qu’ils prévoient, les annonces des autorités, ainsi que les défis qui restent ouverts.

Un vieux rêve concrétisé à une échelle pharaonique

Des décennies durant, le nom de Simandou a incarné la promesse d’une immense richesse minière pour la Guinée, mais aussi son lot de polémiques et de retards. L’inauguration du projet le 11 novembre 2025 à Morebaya (Forécariah), suivie le 2 décembre par le départ d’un premier navire transportant environ 200 000 tonnes de minerai vers la Chine, a marqué un tournant historique.

L’infrastructure est titanesque : plus de 600 kilomètres de chemin de fer relient désormais la Guinée forestière à l’océan. À terme, ce sont 120 millions de tonnes qui devraient être exportées chaque année, représentant environ 7 % du marché mondial du minerai de fer par voie maritime. Avec un investissement global avoisinant les 20 milliards de dollars — soit près de trois fois le budget de l’État guinéen pour 2026 —, aucun chantier d’une telle envergure n’avait encore été réalisé dans le pays. Une fierté nationale légitime, mais qui s’accompagne d’attentes immenses.

Les défis sociaux et économiques d’une nation en attente

Pour mesurer la portée réelle de Simandou, il faut la confronter aux réalités socio-économiques de la population guinéenne :

● Démographie : sur une population estimée à 17,5 millions d’habitants, plus de 40 % ont moins de 15 ans et près de 80 % ont moins de 35 ans.
● Développement humain : la Guinée occupe le 179e rang sur 193 pays selon l’Indice de Développement Humain des Nations unies, avec une moyenne de scolarisation de deux ans et demi par adulte et une espérance de vie dépassant à peine soixante ans.
● Infrastructures et emploi : un ménage sur trois seulement bénéficie d’un accès au réseau électrique (et à peine une localité rurale sur dix). Près de la moitié des jeunes adultes se déclarent sans emploi, tandis que des défis subsistent en matière de sécurité alimentaire.

Transformer l’or noir et le fer en opportunités durables

L’entrée en production de Simandou ne doit pas seulement être une performance logistique ou macroéconomique. Le véritable enjeu réside dans la redistribution équitable des retombées financières, l’optimisation du contenu local, le transfert de compétences et la transformation structurelle de l’économie guinéenne.

Pour qu’un tel mégaprojet profite véritablement aux Guinéens d’aujourd’hui et de demain, la vigilance citoyenne, l’exigence de redevabilité et la rigueur dans l’application des accords restent plus que jamais indispensables.

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