Mines & Développement Durable : À la table ronde de l’OGCE, décideurs, industriels et universitaires scellent une vision commune pour la valorisation des ressources guinéennes
Face aux défis de l’industrialisation, de la soutenabilité environnementale et de la justice sociale, l’Observatoire Guinéen de la Communication et de l’Économie (OGCE) a réuni un pôle d’experts de premier plan lors de sa table ronde axée sur le thème : « Mines et Développement en Guinée : comment faire de la richesse minière un moteur de transformation durable ? ». Du raffinage de la bauxite à la rigueur de la justice environnementale, en passant par le contenu local et la géopolitique du fret, retour sur une rencontre stratégique qui dessine les contours de la Guinée minière de demain.
- Une doctrine renouvelée : Passer de l’extraction brute à la captation de valeur
Au cœur des débats guidés par l’OGCE, un constat unanime a émergé : le modèle extractif guinéen fondé sur la seule exportation de minerai brut a atteint ses limites structurelles. Dans la lignée des analyses internationales récents soulignant le tournant stratégique de Conakry, la Guinée doit désormais s’imposer sur toute la chaîne de valeur.
Cette transition repose sur la capacité du pays à imposer la transformation locale — notamment à travers le raffinage de la bauxite en alumine —, la maîtrise des prix de référence et le contrôle des flux financiers. Comme l’a rappelé le panel, sécuriser la ressource minérale implique désormais de maîtriser son acheminement, ses dérivés industriels et les plateformes de commercialisation mondiale.
- L’éclairage des experts : La synergie entre décideurs, universitaires et industriels
La richesse de cette table ronde a résidé dans la complémentarité des interventions, croisant la rigueur académique, la vision des dirigeants d’entreprise et le plaidoyer de la société civile :
- Amara Somparé (Socio-économiste, ancien Ministre, DG de Bel Air Mining) :
Portant la voix des opérateurs miniers responsables, le DG de BAM a défendu une conviction forte : « La réussite de la filière bauxite doit s’apprécier à ce qu’elle permet de construire au-delà de la mine. » Il a plaidé pour un modèle où l’activité extractive finance directement la compétitivité des PME locales, le transfert de compétences durables, le désenclavement agricole et des infrastructures de transport multi-usages. Pour Amara Somparé, l’objectif ultime des politiques publiques doit être de bâtir une économie nationale progressivement moins dépendante de la rente minière.
Dr Oumar Totiya Barry (Chercheur, Politologue et Modérateur) :

Apportant une hauteur de vue académique et géopolitique, le Dr Barry a modéré les échanges sur les offres technologiques de raffinage, les corridors de développement territorial et l’intégration des normes de contenu local. Son intervention a souligné la nécessité d’adosser les décisions d’État à des données scientifiques probantes afin d’opérationnaliser les recommandations sectorielles en politiques publiques efficaces.
Dr Ibrahima Diogo Diallo (Enseignant-chercheur et Expert) :
Intervenant sur la dimension environnementale, le Dr Diallo a lancé un appel vibrant pour une nouvelle doctrine de valorisation de la bauxite. Selon lui, l’accélération industrielle et le raffinage ne doivent en aucun cas se faire au détriment de l’équilibre écologique. Il a insisté sur l’alignement strict des conventions minières avec les normes de gestion des répercussions environnementales et sociales (PGES).
- L’exigence de gouvernance : Transparence financière et justice environnementale
Les travaux de la table ronde de l’OGCE ont également résonné avec les préoccupations juridiques et fiscales qui traversent actuellement le secteur extractif guinéen :
- La traçabilité des flux et des royalties :
Les récents développements judiciaires (notamment les dossiers instruits par la CRIEF autour de la gestion des redevances et des bénéficiaires effectifs) rappellent que la transparence financière est le préalable indispensable à toute souveraineté économique. La gouvernance des contrats d’amodiation et le contrôle des transferts financiers transfrontaliers ont été identifiés comme des chantiers prioritaires pour le Trésor public.
- La judiciarisation des atteintes à l’environnement :
Faisant écho aux initiatives portées par la société civile (telles qu’Action Mines et Même Droit Pour Tous), les participants ont salué la réflexion sur le renforcement des capacités des magistrats. L’application rigoureuse des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES) et l’exploration de juridictions spécialisées en ressources naturelles — à l’image du modèle kenyan — constituent des leviers essentiels pour garantir une justice équitable aux communautés impactées.
Conclusion : Vers un pacte national pour l’après-mine
En réunissant des figures de proue du secteur privé, de la recherche et de la communication institutionnelle, l’OGCE a démontré que la Guinée dispose de l’intelligence collective nécessaire pour piloter sa mutation industrielle.
Pour Infomines224, cette rencontre marque une étape clé : la transformation durable des ressources minières ne sera plus un simple slogan, mais le résultat d’une alliance stratégique entre la fermeté de l’État, la responsabilité des industriels, la rigueur des scientifiques et la vigilance de la société civile.
Par la Rédaction d’Infomines224
















